TEST | Goblivion

  • Jean-François Gauthier
  • Jean-François Gautier
  • Goblivion Games
  • 1-2 joueurs
  • 30min
  • 12 ans

Les gobelins passent l'atlantique

Goblivion fait partie de ces jeux que l’on voit rarement sur internet. Un jeu discret, né d’une campagne Kickstarter tout aussi discrète, avec ses 868 contributeurs qui ont cru au projet de Jean-François Gauthier. Pour son premier jeu notre cher Jean-François a su montré qu’il sait y faire en ce qui concerne le plaisir ludique. Malgré le faible nombre de contributeurs au projet (face à des campagnes qui attirent des milliers de ludistes) son jeu à su trouver une place dans le cœur de ses joueurs. Joueurs qui en ont bien vite parlé sur les réseaux sociaux mais, hélas, le jeu n’était pas distribué en France. Si bien qu’il a fallu se rabattre sur le marché de l’occasion pour espérer dénicher une rare copie. En effet, le jeu est édité par Goblivion Games et était seulement trouvable dans les boutiques du Canada (et peut-être ailleurs).

Heureusement pour nos joueurs français Paille Éditions et  Ôz Editions ont flairé le bon jeu. Et de mon humble avis, ils ont eu raison. Goblivion sortira donc en France en septembre 2019. On leur fait d’avance des bisous pour ce fabuleux choix éditorial.

Synopsis

Tranquillement assis sur votre trône royal, vous vous apprêtez à passer une journée monotone face à des villageois monotones qui viendront une fois de plus se plaindre de leurs vies monotones. Mais que nenni ! Au loin, une énorme corne de brume crache un horrible son brisé et déjà vous entendez l’affolement au sein de votre citadelle. « Ce sont ces satanés gobelins qui viennent de par-delà les montagnes ! » vous hurle votre fou. Pas de temps à perdre il va falloir agir vite et bien, tout en formant les gueux et les simplets de votre royaume pour qu’ils deviennent de redoutables combattants. A l’attaque !

Goblivion est un jeu de deckbuilding dans lequel le joueur doit protéger son royaume et ses ressources de multiples vagues de gobelins. Pour cela il devra améliorer ses cartes, et donc ses villageois et autres objets. Une fois tous les boss terrassés la victoire sera à portée de main. Mais dépenser toutes ses ressources reviendra à épuiser ses dernières forces et céder sa forteresse à ces puantes peaux vertes. Le jeu est jouable en solo comme en duo en coopération. Je ne parlerai ici que de l’aspect solo car je n’ai pas eu l’occasion de jouer à ce jeu avec un autre joueur.

Mécanique principale

Le jeu fait la part belle au deckbuilding. Pour ceux qui ne connaissent pas cette mécanique, cela consiste simplement à améliorer son tas de cartes que l’on pourra jouer, avec de nouvelles cartes de plus en plus puissantes. Une montée en puissance et une augmentation des combos qui se fait normalement ressentir à chaque fois que l’on mélange notre défausse pour refaire notre pioche. C’est une mécanique que j’affectionne particulièrement.

Gagner & perdre

Pour gagner le jeu il suffit de survivre aux vagues de gobelins jusqu’à vaincre le nombre de boss sélectionné.

Perdre le jeu se résume à dépenser tous ses points de ressources (les vivres qu’abrite votre château).

La partie

Avant de commencer le joueur prend son paquet de cartes de bases qui sera constitué différemment lors de chaque parties et qui sera placée dans le château. La défausse porte le nom d’Hôpital. Ce premier paquet de cartes ne contient pas de choses folichonnes. En effet votre royaume n’est encore constitué que de simples paysans avec peu d’ambitions guerrières. Très peu de cartes de départ sont efficaces et beaucoup vous mettront des bâtons dans les roues. Il va falloir rapidement améliorer ce deck si l’on veut espérer survivre face aux hordes de gobelins.

La particularité de ce deckbuilder est justement de ne pas proposer de rivière de cartes aléatoires a l’image de Clank! par exemple. Ici la plupart des cartes que l’on pourra recruter sont toutes disponibles dès le début en quantité limités et seront les mêmes à chaque partie. J’ai 8 parties à mon actif et je ne ressens pas de lassitude malgré le fait qu’il y ait seulement que 9 cartes différentes à ajouter à notre deck. 

Pourquoi  cette lassitude ne fait-elle pas son apparition rapidement ? Tout simplement car, avant de commencer à jouer, lors de l’installation, le joueur tire une carte roi/reine au hasard parmi les 5 disponibles. Il y a 3 éléments à retenir sur le rôle de roi/reine que l’on incarne :

  1. Effet positif : le rôle que l’on choisi nous permet de bénéficier d’un garde du corps particulier. Il s’agit simplement de prendre la carte mentionnée et de la placer à côté de son roi. Nous reviendrons sur cet aspect plus tard. Exemple : Débuter la partie avec un Archer garde du corps.
  2. Effet négatif : chaque rôle est affecté par un malus lors du recrutement d’un type de carte particulier. Exemple : Recruter un Protecteur mécanique vous fait perdre 20 ressources.
  3. Capacité spéciale : Un pouvoir utilisable une seule fois par partie est disponible pour chaque roi et reine, il est propre à chacun des rôles.

Le rôle que l’on choisi va changer notre stratégie et, parfois, nous contraindre à faire des choix difficiles.

I - Phase d'entraînement

Étrangement dans Goblivion le joueur n’a pas de main de cartes. Il ne sait pas non plus concrètement combien il devra en piocher. Tout dépendra du niveau d’entraînement de la carte qu’il veut ajouter à son deck ou des monstres qu’il devra combattre. Pour comprendre cela il va falloir expliquer un tour de jeu.

A son tour le joueur choisit la carte qu’il va tenter d’entraîner et d’ajouter à son deck. Pour se faire il place le jeton sur celle qu’il choisit et prend connaissance du cartouche se situant en bas de la carte. 3 informations majeures s’y trouvent :

  1. Le nombre de cartes qu’il doit piocher de son deck situé dans son château.
  2. Une valeur cible qu’il doit atteindre en faisant la somme de la force des cartes qu’il vient de piocher. Si la somme est supérieure ou égale à la valeur cible le joueur peut entraîner sa nouvelle carte.
  3. Le type de carte à échanger. Goblivion est thématique. On ne recrute pas de nouveaux villageois, on améliore ceux que l’on possède déjà. Si l’icône représente un villageois il faut échanger la nouvelle carte avec une des cartes fraîchement jouées que l’on écartera du jeu jusqu’à la fin de la partie tout en veillant à ce que ce soit un villageois. En effet, il existe un deuxième type de cartes : les objets. Un objet amélioré ne peut être échangé qu’avec un autre objet… Merveilleux.

Durant cette phase le joueur peut dépenser des ressources pour compléter la différence s’il ne parvient pas à entraîner une nouvelle carte. Il faut cependant le faire avec parcimonie tant la victoire est dure à obtenir.

II - L'ennemi avance

Après la phase d’entraînement les ennemis avancent face cachée sur leur plateau d’invasion (pour les connaisseurs, à la manière de Legendary Encounters : Alien). On ne sait donc pas sur quel monstre on va tomber ! D’où la nécessité, si l’envie vous prend, de recruter des archers qui permettent de retourner face visible une carte monstre, ce qui court-circuite la capacité spéciale du gobelin repéré, s’il en a une, lorsqu’il arrive aux portes du château. Les ennemis avancent donc et il va falloir se montrer prudent et réactif pour maîtriser tout ce beau monde.

Il peut arriver que des ennemis de la manche précédente aient survécu devant les portes du château. Les nouveaux ennemis s’entassent donc à leurs côtés ce qui fait monter la pression d’un cran en augmentant la difficulté du combat à venir.

III - Combat

Il peut y avoir un maximum de 3 gobelins aux portes du château. De gauche à droite on révèle chaque ennemi (si ce n’est pas déjà fait). Lorsqu’un gobelin est révélé de cette façon le joueur pioche le nombre de cartes inscrit sur le monstre et active la capacité de ce-dernier s’il en possède une. Une fois tous les ennemis dévoilés le joueur devra, avec la totalité des cartes qu’il vient de piocher, tenter de se débrouiller pour tuer ses opposants. Les cartes vont l’aider avec leurs différents effets. Il faudra tout de même faire légèrement chauffer les méninges pour effectuer les combos dans le bon ordre. Car parfois on se retrouve avec une quantité de cartes devant soi assez considérable tant les effets s’enchaînent à merveille.

En piochant des cartes et en faisant le total de leurs valeurs de force le joueur va essayer d’égaler ou surpasser la force des gobelins. S’il réussit c’est tout bon et on repasse à la phase d’entraînement tout en récupérant les objets que les ennemis auront laissé derrière eux.

Et c’est là que c’est encore trop chouette. Les cartes gobelins ont deux sens de lecture. Le sens où l’on voit le gobelin que l’on affronte et puis, quand on fait pivoter la carte de 180°, on prend connaissance de l’objet qu’il laissera derrière lui si on le tue. Cet objet sera ajouté à notre deck.

Par contre, si le joueur ne parvient pas à tuer tous les gobelins aux portes de son château, il complétera la force manquante avec ses précieuses ressources… Pire, les gobelins survivants resteront devant les portes du château pour le prochain tour de jeu tout en bénéficiant d’un bonus en force selon leur niveau.

Et le garde du corps ?

Chaque roi/reine dispose d’un garde du corps au début de la partie. Il s’agit simplement d’une carte mise de côté, en réserve que l’on pourra échanger avec une des cartes que l’on aura pioché pendant un combat ou pendant une phase d’entraînement pour en bénéficier. Un autre petit bonus qui permet de débloquer certaines situations périlleuses, mais aussi un autre paramètre à gérer.

Les boss

Après avoir affronté les petits gobelins, il est tant de pourfendre les boss (qui seront au nombre de 3, 4 ou 5 suivant le mode de difficulté choisi). Et là le jeu ne fait pas dans la dentelle car les boss sont réellement durs à vaincre. Leurs capacités sont parfois violentes et les points de force requis pour les occire sont élevés. Il faudra s’être bien préparé au préalable. Cette difficulté est très justement ce qui donne un goût de reviens-y.

Le matériel

Pour un premier jeu édité l’éditeur/auteur/illustrateur (tout ça oui, et c’est vraiment saluable) a fait fort. L’ensemble est de très bonne qualité. Un gros jeton en bois de couleur pour l’entraînement, des cartes et jetons de très bonne qualité, un jeu qui se paie le luxe d’un petit plateau pour disposer la pioche et la défausse ainsi qu’un plateau invasion pour suivre l’avancée de l’ennemi. Des choses inutiles au jeu en lui-même, mais cela rajoute énormément de confort et de plaisir, tout en nous enfonçant dans la thématique.

J’ai pu cependant voir que les illustrations en ont rebuté certains. Ce n’est pas mon cas car je m’attache avant tout au plaisir de jeu dégagé par sa mécanique et de la façon dont tout s’imbrique. L’esthétique ne représente que de la valeur ajoutée pour moi. De plus je trouve que pour un jeu auto-édité notre Jean-François s’en est très bien sorti. Si le jeu ne rayonne pas par le souffle épique des illustrations absolument inexistant, il a le mérite de me faire sourire avec les trognes de ses paysans benêts, et tous ses petits clins d’œil rigolos (le coup du gobelin mort qui laisse derrière lui un slip sale, ou encore la vache marguerite). Donc oui, j’ose dire que les illustrations contribuent sincèrement au plaisir que j’ai à jouer à ce jeu.

Conclusion

Goblivion fait partie de ces rares jeux qui ne quitteront pas ma ludothèque. La plupart du temps je me lasse vite ou je passe rapidement a autre chose. Mais lorsque je joue à ce jeu j’y joue avec amour. Lorsque j’en parle je le fais avec amour. J’affectionne ce jeu car je ressens qu’il a été pensé et édité avec amour. Bref, c’est le jeu de l’amour. J’espère qu’une extension verra le jour pour augmenter les possibilités, les boss, les monstres et le type de cartes à recruter. Car bien que je ne me lasse pas du jeu de base, quand on aime on ne compte pas…

Mais ce n'est pas tout !

Jean-François nous revient très bientôt sur Kickstarter avec un nouveau jeu : Dinoblivion ! Je ne me suis pas encore trop approché du concept mais je ne doute pas une seule seconde qu’il sera excellent. En toute objectivité… les dinosaures c’est forcément trop cool. En tout cas il est clair que je suis déjà contributeur même si la campagne de financement participatif n’a toujours pas commencé.

Partager l'article

Share on facebook
Share on twitter

Le donjon est connecté !

Ici pour suivre les dernières actualités du blog :

Et là pour discuter jeux :

Partager l'article

Share on facebook
Share on twitter

Laisser un commentaire

Fermer le menu